La publication des très bons résultats d’Alphabet Inc., le groupe qui détient Google, a été suivi par une brève hausse du cours de son action… qui a été très vite suivie par une baisse équivalente. Si les marchés financiers ont fraîchement accueillis ces résultats, c’est bien sûr pour des raisons financières : l’essentiel de la surperformance provient des taux de change et de changements de règles comptables.

Mais une autre raison importante rend les actionnaires de Google fébriles : en Europe, et aux Etats Unis, les projets de régulation de l’usage des données personnelles menace les modèles économiques des GAFA, et, en particulier, celui de Google.

C’est Facebook, avec le scandale Cambridge Analytica, qui a été pointé du doigt récemment et a fait la une de la presse. Marc Zuckerberg a dû même s’expliquer devant les parlementaires américains sur le sujet.

Marc Zuckerberg lors de son audition par le Congrès

Mais si ce qui est arrivé à Facebook se produisait pour les données détenues par Google, l’impact serait bien pire. Pourquoi ? En quoi les données possédées par Google sont plus sensibles que celles de Facebook ?

Google stocke toutes les 2 semaines l’équivalent de 23 000 pages de données

Un article de l’hebdomadaire anglais « mail on Sunday » a fait part d’une expérience menée par un de ses journalistes : télécharger toutes les données recueillies par Google sur son compte, et évaluer ce que cela représentait en équivalent papier. Le résultat, c’est qu’en deux semaines, Google avait collecté de quoi remplir 23731 feuilles de papier, qui empilées, formeraient une jolie tour de 2m36 de hauteur !

Le journaliste du Dailymail comparé à la pile de données le concernant, recueillies en seulement deux semaines !

En un an, la quantité de données recueillies remplit 570000 feuillets A4 !

Google collecte ses données pratiquement à chaque utilisation d’un objet connecté.

Il y a plus de deux milliards de dispositifs tournant sous Android (dont les hauts parleurs intelligents « Google Home »), qui tous potentiellement transmettent des données à Google. Pour faire fonctionner votre smartphone sous Android, vous avez probablement accepté de vous connecter via un compte google, ce qui permet à la firme de Mountain View d’accéder à de nombreuses informations su vous, en particulier sur vos déplacements, mais aussi vos contacts, votre historique d’appels…

Notons que les données transmises par Android peuvent aussi être transmises à des tiers, via les applications que vous installez.

 

Google connait tout l’historique de vos déplacements si vous utilisez un téléphone Android sans avoir désactiver la conservation de l’historique de votre géolocalisation

Ensuite, Google collecte aussi des données à chaque fois que vous utilisez un navigateur internet : ils stockent votre historique de navigation, votre historique de recherche sur leur moteur et Youtube. Chrome est le navigateur le plus téléchargé et utilisé dans de nombreux pays du monde. Si vous êtes un utilisateur de Gmail, Google dispose de quantités d’informations personnelles sur vous. Même chose avec Google Agenda.

Et si vous allez sur d’autres sites que ceux gérés par Google, vous êtes encore trackés. Si une pub est affichée par le gestionnaire de bannières de Doubleclick (société appartenant à Google) ou si l’audience du site est gérée par Google Analytics ou Google Tag Manager, alors votre comportement de navigation est tracké via des cookies ou des identifiants publicitaires posés par Google, et les données sont collectées également par Google !

Etre déconnecté de vos comptes Google, ou passer par des fenêtres de navigation privée peut vous donner l’impression que vos données personnelles sont préservées. En fait, le profiling cross device permet de vous reconnaître, même si vous êtes déconnectés !

Que faire pour empêcher les dérives possibles face à une telle quantité de données collectées ?

Eviter de transmettre des données personnelles à Google demande des connaissances techniques et une très forte volonté… Les solutions qui préservent vos données personnelles rendent l’usage quotidien d’internet pénible. Et même si vous vivez dans une hutte coupés du monde, il est possible que des données sur vous soient collectées par le biais d’autres utilisateurs, à votre insu : c’est ce que l’on appelle les « shadow profiles » chez Facebook, et l’équivalent existe pour d’autres services sur internet.

Bref, la plupart des personnes remettent des megaoctets de données les concernant à Google (et à d’autres services) en permanence, parfois en connaissance de cause, parfois non, et acceptent les risques liés à cette collecte sans barguigner. Mais ont-ils vraiment conscience des dérives possibles ?

L’une des solutions, c’est bien sûr de réguler plus sévèrement la collecte et l’utilisation des données. Le RGPD et le réglement e-Privacy sont un pas dans la bonne direction. Mais il est probable que Google parviendra à rendre ses services respectueux de la nouvelle réglementation, sans diminuer véritablement son niveau de collecte.

Bref, on a pas fini d’entendre parler de régulation dans ce domaine. Il faut juste espérer qu’il ne faudra pas un nouveau scandale à la « Cambridge Analytica » pour faire avancer sérieusement la réflexion sur le sujet.

L’article du WSJ sur les données recueillies par Google

Who Has More of Your Personal Data Than Facebook? Try Google

L’article du mail on Sunday (édiition du Dimanche du Dailymail)